Art-thérapie et résilience

Nadia De Backer, art-thérapeute lors de séjours de Résilience

Responsable des ateliers en Suisse d’Innocence en Danger (IED)

 

La créativité est reconnue comme une ressource majeure pour survivre et grandir au travers des épreuves de la vie. C’est le propos d’un faisceau d’approches théoriques qui comprend celles de la résilience et de l’art-thérapie.

L’art-thérapie mobilise le potentiel créatif des personnes et les enjeux de la relation humaine en vue de faciliter le déploiement des formes. Sa visée est la transformation originale des êtres humains en dialogue intime avec les formes artistiques qui surgissent.

J’accueille depuis quelques étés dans les ateliers d’expression et de créativité les enfants, les jeunes et les parents bénéficiaires du séjour de résilience de l’association Innocence en Danger. L’aventure commence, par exemple, par une fresque picturale collective. Celle-ci détourne les préoccupations ordinaires vers les couleurs, les gestes, les motifs ; chacun redécouvre une autre manière d’être en lien avec soi-même et l’autre, devenus artistes et co-auteurs d’une œuvre originale qui jaillit sur le papier.

Au fur et à mesure des ateliers du séjour, les participants ont le choix d’une palette de médiations telles que les arts plastiques, la création avec la nature, le son, l’écriture et la scène, de manière à révéler leurs ressources créatives et continuer à transformer leurs œuvres jusqu’à la dernière soirée festive

Les ateliers ne demandent pas de compétence pré-requise. C’est un espace d’expression et d’exploration libre qui permet aussi d’apprendre des techniques et de se laisser surprendre.

L’intention de ses ateliers est aussi de favoriser les échanges bienveillants dans le groupe en tentant de reconnaître chacun dans ses ressentis du moment, peu importe la valeur artistique de ses productions. Il ne s’agit pas de faire preuve de résilience par une forme d’art, mais de vivre une expérience créatrice heureuse qui mène on ne sait pas encore où.

Il arrive que les enfants créent accompagnés de leur parent qui est alors co-auteur des jeux ou facilitateur ; car le groupe pluri générationnel et plurifamilial est porteur de ressources potentielles telle qu’une plus ample sécurité pour l’enfant, le non-jugement, l’entraide ou l’amitié.

Les participants ne sont pas invités à parler des violences qu’ils ont subies, même s’il arrive que ces douleurs affleurent dans l’imaginaire individuel et groupal. Cela peut se ressentir par des peurs, des angoisses, des évitements ou d’autres formations réactionnelles qui demandent parfois à être écoutées et reconnues dans le prolongement des mots.

Quand l’enfant, dispose de la pleine santé, il est animé d’une saine curiosité envers les matières, couleurs, odeurs, sons et de l’envie de les mettre en forme à sa façon. Les œuvres parlent à ses parents et aux membres du groupe. Au travers de celles-ci, il peut être reconnu positivement dans son potentiel d’avoir prise sur son monde qui à la fois permet et contraint son épanouissement. Au mieux, il vit l’expérience d’une mise en œuvre nouvelle. Il se découvre l’auteur de sa transformation intérieure. Il gagne alors en confiance profonde.

Ce bienfait se manifeste au groupe par des critères sensibles et subjectifs tels que l’ouverture des émotions, l’apaisement, l’attachement à l’œuvre créée, l’attachement affectif à l’autre avec qui il partage son œuvre, l’envie de revenir au prochain séjour, la gratitude envers les autres, l’envie de continuer à explorer cette forme d’art au-delà du séjour.

Créatif et spontané, l’enfant, comme le jeune et l’adulte, crée des images, confectionne des personnages, joue avec les sons, met en scène ses jeux, danse, raconte dans l’imaginaire, explore des recettes culinaires et reconnait ses matériaux dans la nature.

Il résout, par la mise en forme symbolique, ses conflits psychiques et intègre ses expériences de vie, sans qu’aucune énonciation explicite de ce processus intérieur ne soit nécessaire ou même souhaitable. Quand les expériences traumatiques ont gelé partiellement ce mouvement de croissance, il a besoin d’être accompagné au cœur de ses œuvres avec confiance dans son intacte dignité et son potentiel de résilience.

J’ai à cœur de saluer les enfants, les adolescents, les parents et les membres de l’équipe d’IED qui choisissent de participer à cette aventure prometteuse, riche d’expériences relationnelles et créatrices. Je leur suis reconnaissante de partager leurs immenses expériences de vie, et les formes singulières de leurs manières d’être au monde.

 

Nadia De Backer

Art-thérapeute (licenciée en arts plastiques ; formée à l’art-thérapie à L’ATELIER, Genève)

Contact courrier * nadia_de_backer@yahoo.fr

 

Notes:

  • Azucena Chavez, Gerard Lopez « Les séjours de résilience d’Innocence en Danger » Revue francophone de victimologie www.thyma.fr, oct. 2016
  • Jacques Stitelmann « Créer pour vivre – in Chemins de Résilience » HUG, Genève, 2006, pp. 121-128
  • Jean-Pierre Klein « Comment traiter sans violence l’enfant violenté » in Sexologos n°29, nov.2007
  • Jean-Pierre Klein  « La création comme processus thérapeutique » in L’information psychiatrique n°1, janv. 1991, pp.10-16
  • Boris Cyrulnik « Mourir de dire » Odile Jacob, 2010, Paris

 

http://www.innocenceindanger.ch/

PARTAGER CET ARTICLE SUR :